vendredi 22 novembre 2013

Des premiers battements...

à Mathilde, Pastelle et à tous ceux qui y poseront le coeur et les yeux ...





Je la trouve petite, si petite encore...

"Pourtant à douze ans on est grand maman !"

 "Arrête un peu de me voir comme un bébé !"

Oui, elle a raison, mais c'est plus fort que moi.

Je la regarde dormir encore et encore...

Chaque soir, je repousse délicatement la couette sur son petit dos, j'attrape et referme silencieusement un livre qu'elle écrabouille de sa tête, ou ôte un casque qu'elle arbore de travers un ecouteur sur l'oeil.

Pourtant c'est vrai,  quelque chose a changé depuis ses premiers cris,  depuis ses premiers battements à aujourd'hui...
Je le vois à la façon qu'elle a de chanter en se levant le matin.
Au soleil dans ses yeux quand on approche de l’arrêt du bus, à ce sourire que ni les interrogations de maths ni les deux heures d’athlétisme du vendredi matin ne perturbent.

Elle a beau me le taire, le vivre en un silence intime, il est écrit dans ses coiffures du matin, dans la légèreté de son pas, dans l'empressement des au revoir maman, dans les indéterminables soupirs de fin de semaine, dans le choix de ses tenues et dans les rires contenus et les chuchotements au téléphone...

Ca me plait de la voir vibrer, de savoir son coeur s'emballer, même si bien entendu, j'ignore tout...

J'ai un peu peur aussi parfois, mais si les ombres la rattrapent mes bras seront là.

 Alors je lui apprendrai, qu'un petit coeur pour bien aimer doit beaucoup s'entrainer.     






mardi 10 juillet 2012

Le pull...




J'étais rentrée, ce soir là, avec en tête le petit pull en jacquard de la boutique en face de l’arrêt de bus.
Je l'avais regardé sous tous les angles, et j'avais décidé qu'il était fait pour moi.  Une étiquette discrète affichait 230 francs, autant dire, une véritable petite fortune.


J'enviais, non, je jalousais, mes copines à la mode à qui on achetait des pulls manufacturés, des pulls bien réguliers, la maille parfaitement serrée.
Moi, je ne  portais que des pulls tricotés, un peu relâchés, des pulls avec petites imperfections ci et là, des pulls qui gondolaient au fil du temps.
Des pulls tricotés par maman...
Des pulls, comme on ne les aime pas, quand on a quatorze ans.

 
Donc, armée de mon regard de chien battu, suppliant et docile, je me suis lancée dans une supplique afin d'obtenir le pull de mes rêves...
Elle m'a expliqué, sans même l'avoir vu,  à l'annonce du prix, qu'il était bien trop cher pour le budget de la famille.
J'ai dit des tas de choses alors,  que  je désirais en avoir un vrai, pas un faux fait avec des aiguilles, que je n'avais plus l'âge de me balader avec les trucs tricotés par ma mère, que c’était ringard, nul et moche...

La conversation en était restée là.


Un mois et demi plus tard, en rentrant du collège, était posé sur mon lit  le pull de la vitrine. Enfin,  presque lui, parce que le mien, ce n’était pas le vrai. C’était une imitation avec les mailles irrégulières, avec un col un peu trop serré. C'était un de ceux où l' on a du mal à passer la tête les premiers temps. Un de ceux qui vous grattent le cou au début et que l'on cache sous son blouson... Un de ceux sur lequel elle avait du passer tout son temps...

Je l'ai d'abord abandonné sur une étagère de  mon armoire.  Le même hiver, maman est tombée malade. J'ai eu envie et besoin de porter ce pull, son dernier pull...
 
Lui, je l'ai toujours.
Il a su m'accompagner chaudement toutes ces années;  et depuis je sais, qu'il est bien moins faux que ce que je ne le pensais... 



vendredi 6 juillet 2012

Les groseilliers...

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Le potager de grand-père, c'était un petit jardin, pas plus de cinquante mètres carrés, caché derrière une haute haie de troènes bien taillée. 

On poussait le portillon de bois au vernis écaillé, et on se trouvait dans son paradis ouvrier.
Sa parcelle de liberté  au milieu des rangées de choux, de carottes, de tomates, de persil et d’artichauts. 

Un printemps il m'a offert un grand mètre carré, rien qu'à moi ! 

C'est facile à mesurer un mètre carré, vous savez !

Il avait  fait un grand pas, un quart de tour... puis un grand pas, un quart de tour... puis un grand pas, un quart de tour...  et encore un grand pas... et il avait dit : « ce bout est à toi. Mets y ce que tu voudras, mais un baobab n'y rentrera pas ! » 

J'avais à cette époque, des envies de séquoias, d’eucalyptus, de sapin de Douglas, au sommet desquels je pourrais voir la mer, toucher les nuages, questionner Dieu et pourquoi pas, redescendre mon chien que l'on m'avait dit, à cette époque, être monté au ciel... 

Mais dans un mouchoir de poche, d’un mètre de côté, rien de tout cela ne tenait...

J’ai fini par laisser ma gourmandise opter pour un groseillier.

Je me félicitais rapidement de ce choix. En effet, dès le premier été, malgré sa toute petite taille et le peu de soin que je lui avais prodigué, mon groseillier s’avéra d’une très grande générosité !

Les vieux groseilliers au fond du jardin avaient souvent pâles figures face à la fière rougeur des fruits qu’arborait le mien.

Je me suis d’ailleurs bien souvent moquée de la maigre production de mon grand-père et de ses vieux arbustes qui devenaient chaque jour plus avares que la veille…

Ma plante ne comptait que cinq frêles branches, mais me donnait, quotidiennement de quoi remplir mes joues, mon estomac et le saladier bleu de mamie.

Tous les matins d’été, à 11h30, je dévalais par l’escalier, les trois étages de l’immeuble, traversais la rue qui me séparait du jardin et rejoignais un Tupperware en main, mon aïeul à l’abri des regards derrière les troènes.

C’était alors, que sonnait, pour nous, l’heure de la cueillette, chacun de nous, dans son coin, à ses fruits…

Je récoltais frénétiquement mes grappes de groseilles, ne m’arrêtant que pour narguer, l’ancêtre tant aimé, dans de grands éclats de rire railleurs.
Plus mon grand père rouspétait, plus il menaçait ses plants à lui, d’arrachage, de coupes sauvages, plus il les traitait de fainéants, plus fort je riais…

Il me suppliait même parfois, de lui donner mon secret des récoltes miraculeuses… Je trouvais toujours, dans ces moments là, quelques bons conseils à donner avec la plus grande des assurances...

Bien entendu, rien n’a jamais été magique, ailleurs que dans ma tête d’enfant.

De la magie, née du coeur d’un vieil homme aimant, qui chaque matin avant ma venue, débarrassait ses vieux groseilliers de leurs fruits et les déposer sur les fragiles branches que je tentais de faire pousser …














Vous pouvez retrouver ce texte en version audio ici 




samedi 14 janvier 2012

Trois petits mots sur ton dos...

Assis
Au bord des mots
Il hésite
Doit il lui murmurer
Lui glisser
entre deux baisers
Les garder
en sa gorge étranglés
Est ce trop tôt pour les prononcer
S'interroger encore et douter.
Abandonnant pudeur
aux élans de son cœur
il se décide à les écrire
du bout de l'index
avec de l'encre  
 de caresses
sur la peau nue
de ce dos qu'il croyait
endormi...
Elle le laisse 
dessiner
A la dernière boucle
du verbe "Aimer"
Elle se tourne
et sourit 
 Un
"Moi aussi "










dimanche 1 janvier 2012

Bonne et Heureuse Année...



"Bonne et Heureuse Année

à tous ceux qui n'ont rien dans les bras,
que les battements tristes et gratuits
dont les yeux brillent de toutes les larmes retenues,
dont le front résonne de coups atroces et silencieux.
Dont les paroles ne traduisent plus les pensées
parce que ces pensées sont douloureuses.
Bonne et Heureuse Année
à tous ceux dont les actes ne sont plus que des symboles,
dont les attitudes sont pétries de courage;
qui redressent le dos pour cacher leur peine,
qui marchent seul pour marcher droit…
mais qui marchent.

Bonne et Heureuse Année
à tous les humains brisés,
à tous ceux qui ne font pas ce qu'ils aiment
et à tous ceux qui aiment ce qu'ils ne disent pas.
À tous ceux que vous frôlez le sachant bien
et à tous ceux qui vous frôlent ne le sachant même pas.

Bonne et Heureuse Année
à tous ceux qui portent en eux des blessures vraies,
un immense néant fait de tous les arrachements.

Bonne et Heureuse Année
à ceux dont c'est la dernière et qui s'en doutent

et à ceux dont c'est la dernière et qui ne s'en doutent pas
à ceux qui n'ont pas la force d'y penser

et à ceux qui n'ont pas la faiblesse de l'avouer.
À ceux qui n'osent pas vous regarder

parce que leur regard, peut-être, les trahiraient.
Et qu’ils veulent garder pour eux seuls

leur terrible secret.
Bonne et Heureuse Année

à ceux qui sourient pour voiler le chagrin de leur âme,
badinent pour masquer la grimace de leur cœur,

crient pour taire la panique de leurs yeux,
jouent la comédie pour ne pas assombrir des vies.

Bonne et Heureuse Année
à certains heureux aussi que j'oubliais,
à ceux qui portent leur tête, leur coeur et leur âme,
aussi légèrement qu'un poids d'hélium.
Bonne et Heureuse Année
à ceux que le plaisir égare
et dont le sang charrie tout l'idéal
car pour eux suffit l'apparence charnelle de la vie.
Bonne et Heureuse Année enfin
à ceux qui possèdent le détachement de l'esprit
et à ceux qui soignent les corps ou les âmes,
à ceux dont le cœur bat généreusement
et à ceux qui, luttant pour la justice,
veulent établir le règne de la paix.
À tous ceux qui sont purs dans leurs pensées et leur amour.
Bonne et Heureuse Année
à vous tous qui donnez un sens divin à l'humanité."

M. Pelchat





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