lundi 17 juillet 2017

Indépendance...




Elle l’avait imaginé ce moment de la séparation.

Elle l'avait même, non sans culpabilité, espéré parfois.

Elle ironisait sur le bonheur de retrouver enfin sa douce liberté, sur le plaisir de s'abandonner à l'égoïsme oublié. 
Ce départ serait aussi naturel qu'un changement de saisons avait-elle dit ! 
   
Après tout, il y a un âge où il est bon de les voir partir.

Elle en avait utilisées des images surfaites des "quitter le nid", des "couper le cordon" des "voler de ses propres ailes"...

Elle en avait rêvé,  de sa caricature de fils-homme, sourire aux lèvres, les yeux remplis de la certitude de celui qui va conquérir le monde.

Elle, bras en métronome, joie non dissimulée, petites envolées de baisers et jetées de mots d'amour encourageants.

Flotterait alors dans l'air des odeurs de réussite, la satisfaction du maitre devant son chef d'œuvre achevé. Vingt quatre années de dur labeur, enfin récompensées.

Elle en avait fait un homme parfait....

Mais voilà qu’aujourd'hui, à l'heure du départ, tout semble si différent. Elle se tient immobile sur le seuil d'une maison comme endeuillée.

Le cœur à terre, que déjà quelques insectes dispersent. 
Bras ballants d'une poupée de fichons, intérieur de la joue tailladée à coup de molaires.

Toutes ses forces de mère sont concentrées sur ses canaux lacrymaux. Surtout ne pas pleurer, surtout ne pas entraver la joie du fils en partance, tenir au moins jusqu'à ce qu'il ne puisse plus la voir...

Sourire, sourire et que ce soit vrai !


Voilà plus d'une heure qu'il a disparu de son horizon, elle n'a pas bougé d'un micron. Ses pieds lui semblent enracinés dans cette gigantesque cour vide, devant le portail béant, elle est une microscopique femme dessous  l'immensité bleu.

 Elle a mille ans !

Elle le sent, ça l'empêche de bouger, au moindre mouvement, au moindre souffle c'est sûr elle se brise, s'éparpille et se disloque en un millions de poussières.


De la poussière de baisers, de nuits  de veille, de la poussière de varicelle, de fièvre, de tables de multiplication,  de mots d'amour, de larmes, de la poussière d'anniversaires,  de cache-cache de Colin Maillard, de genoux écorchés, de la poussière de Perrault et d'Andersen…




vendredi 22 novembre 2013

Des premiers battements...

à Mathilde, Pastelle et à tous ceux qui y poseront le coeur et les yeux ...





Je la trouve petite, si petite encore...

"Pourtant à douze ans on est grand maman !"

 "Arrête un peu de me voir comme un bébé !"

Oui, elle a raison, mais c'est plus fort que moi.

Je la regarde dormir encore et encore...

Chaque soir, je repousse délicatement la couette sur son petit dos, j'attrape et referme silencieusement un livre qu'elle écrabouille de sa tête, ou ôte un casque qu'elle arbore de travers un ecouteur sur l'oeil.

Pourtant c'est vrai,  quelque chose a changé depuis ses premiers cris,  depuis ses premiers battements à aujourd'hui...
Je le vois à la façon qu'elle a de chanter en se levant le matin.
Au soleil dans ses yeux quand on approche de l’arrêt du bus, à ce sourire que ni les interrogations de maths ni les deux heures d’athlétisme du vendredi matin ne perturbent.

Elle a beau me le taire, le vivre en un silence intime, il est écrit dans ses coiffures du matin, dans la légèreté de son pas, dans l'empressement des au revoir maman, dans les indéterminables soupirs de fin de semaine, dans le choix de ses tenues et dans les rires contenus et les chuchotements au téléphone...

Ca me plait de la voir vibrer, de savoir son coeur s'emballer, même si bien entendu, j'ignore tout...

J'ai un peu peur aussi parfois, mais si les ombres la rattrapent mes bras seront là.

 Alors je lui apprendrai, qu'un petit coeur pour bien aimer doit beaucoup s'entrainer.     






lundi 19 novembre 2012

Et le silence succède à la nuit



Ce soir j'ai froid 

Les gens ont disparu,
les jardins sont vides 
Face à moi des ombres
Ou sont passés les enfants, les promeneurs en chiens 
le vent fait grincer les escarpolettes rouillées, agite quelques branches.
et résonne le vide, et la peur,
quand se taisent les sirènes, 
Après les détonations des derniers jours,
Tel Aviv se taire 
Me reviennent ces silences,
ces odeurs qui succédaient aux bombardements,
Cette guerre des pierres que je vivais dans le centre de Salem 
serrée contre le sein de ma mère  . 
Explosion,
puis silence,
et ces cris toujours ces cris qui scandaient la nuit, 
les gémissements
les souffles des pales d’hélicoptères
des nuits couleurs gyrophares 
Puis,  le jour se levait,
nouveau,
encore un autre silence,
recueilli
brutal
étouffé de douleurs.
Dans tous les silences d'hier et d'aujourd'hui
mon cœur hurlait 
et hurle encore
mon âme rompait à chercher un espoir
Ho mon Dieu, pas la guerre encore, 
pas ça,
plus ça pour les hommes,
pas la guerre
non, pas la guerre
chaque enfant qui meurt est ma honte
chaque homme qui meurt est ma honte
chaque enfant qui se meurt  est mon propre enfant 
chaque homme qui s’éteint  est mon propre frère,
que m'importe la terre qui l'a vue naître
que m'importe la langue dans laquelle il chante
que m'importe le nom de son Dieu
car je sais que nous sommes,  une même vie,  un même sang...

mardi 10 juillet 2012

Le pull...




J'étais rentrée, ce soir là, avec en tête le petit pull en jacquard de la boutique en face de l’arrêt de bus.
Je l'avais regardé sous tous les angles, et j'avais décidé qu'il était fait pour moi.  Une étiquette discrète affichait 230 francs, autant dire, une véritable petite fortune.


J'enviais, non, je jalousais, mes copines à la mode à qui on achetait des pulls manufacturés, des pulls bien réguliers, la maille parfaitement serrée.
Moi, je ne  portais que des pulls tricotés, un peu relâchés, des pulls avec petites imperfections ci et là, des pulls qui gondolaient au fil du temps.
Des pulls tricotés par maman...
Des pulls, comme on ne les aime pas, quand on a quatorze ans.

 
Donc, armée de mon regard de chien battu, suppliant et docile, je me suis lancée dans une supplique afin d'obtenir le pull de mes rêves...
Elle m'a expliqué, sans même l'avoir vu,  à l'annonce du prix, qu'il était bien trop cher pour le budget de la famille.
J'ai dit des tas de choses alors,  que  je désirais en avoir un vrai, pas un faux fait avec des aiguilles, que je n'avais plus l'âge de me balader avec les trucs tricotés par ma mère, que c’était ringard, nul et moche...

La conversation en était restée là.


Un mois et demi plus tard, en rentrant du collège, était posé sur mon lit  le pull de la vitrine. Enfin,  presque lui, parce que le mien, ce n’était pas le vrai. C’était une imitation avec les mailles irrégulières, avec un col un peu trop serré. C'était un de ceux où l' on a du mal à passer la tête les premiers temps. Un de ceux qui vous grattent le cou au début et que l'on cache sous son blouson... Un de ceux sur lequel elle avait du passer tout son temps...

Je l'ai d'abord abandonné sur une étagère de  mon armoire.  Le même hiver, maman est tombée malade. J'ai eu envie et besoin de porter ce pull, son dernier pull...
 
Lui, je l'ai toujours.
Il a su m'accompagner chaudement toutes ces années;  et depuis je sais, qu'il est bien moins faux que ce que je ne le pensais... 



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