vendredi 22 novembre 2013

Des premiers battements...

à Mathilde, Pastelle et à tous ceux qui y poseront le coeur et les yeux ...





Je la trouve petite, si petite encore...

"Pourtant à douze ans on est grand maman !"

 "Arrête un peu de me voir comme un bébé !"

Oui, elle a raison, mais c'est plus fort que moi.

Je la regarde dormir encore et encore...

Chaque soir, je repousse délicatement la couette sur son petit dos, j'attrape et referme silencieusement un livre qu'elle écrabouille de sa tête, ou ôte un casque qu'elle arbore de travers un ecouteur sur l'oeil.

Pourtant c'est vrai,  quelque chose a changé depuis ses premiers cris,  depuis ses premiers battements à aujourd'hui...
Je le vois à la façon qu'elle a de chanter en se levant le matin.
Au soleil dans ses yeux quand on approche de l’arrêt du bus, à ce sourire que ni les interrogations de maths ni les deux heures d’athlétisme du vendredi matin ne perturbent.

Elle a beau me le taire, le vivre en un silence intime, il est écrit dans ses coiffures du matin, dans la légèreté de son pas, dans l'empressement des au revoir maman, dans les indéterminables soupirs de fin de semaine, dans le choix de ses tenues et dans les rires contenus et les chuchotements au téléphone...

Ca me plait de la voir vibrer, de savoir son coeur s'emballer, même si bien entendu, j'ignore tout...

J'ai un peu peur aussi parfois, mais si les ombres la rattrapent mes bras seront là.

 Alors je lui apprendrai, qu'un petit coeur pour bien aimer doit beaucoup s'entrainer.     






lundi 19 novembre 2012

Et le silence succède à la nuit



Ce soir j'ai froid 

Les gens ont disparu,
les jardins sont vides 
Face à moi des ombres
Ou sont passés les enfants, les promeneurs en chiens 
le vent fait grincer les escarpolettes rouillées, agite quelques branches.
et résonne le vide, et la peur,
quand se taisent les sirènes, 
Après les détonations des derniers jours,
Tel Aviv se taire 
Me reviennent ces silences,
ces odeurs qui succédaient aux bombardements,
Cette guerre des pierres que je vivais dans le centre de Salem 
serrée contre le sein de ma mère  . 
Explosion,
puis silence,
et ces cris toujours ces cris qui scandaient la nuit, 
les gémissements
les souffles des pales d’hélicoptères
des nuits couleurs gyrophares 
Puis,  le jour se levait,
nouveau,
encore un autre silence,
recueilli
brutal
étouffé de douleurs.
Dans tous les silences d'hier et d'aujourd'hui
mon cœur hurlait 
et hurle encore
mon âme rompait à chercher un espoir
Ho mon Dieu, pas la guerre encore, 
pas ça,
plus ça pour les hommes,
pas la guerre
non, pas la guerre
chaque enfant qui meurt est ma honte
chaque homme qui meurt est ma honte
chaque enfant qui se meurt  est mon propre enfant 
chaque homme qui s’éteint  est mon propre frère,
que m'importe la terre qui l'a vue naître
que m'importe la langue dans laquelle il chante
que m'importe le nom de son Dieu
car je sais que nous sommes,  une même vie,  un même sang...

mardi 10 juillet 2012

Le pull...




J'étais rentrée, ce soir là, avec en tête le petit pull en jacquard de la boutique en face de l’arrêt de bus.
Je l'avais regardé sous tous les angles, et j'avais décidé qu'il était fait pour moi.  Une étiquette discrète affichait 230 francs, autant dire, une véritable petite fortune.


J'enviais, non, je jalousais, mes copines à la mode à qui on achetait des pulls manufacturés, des pulls bien réguliers, la maille parfaitement serrée.
Moi, je ne  portais que des pulls tricotés, un peu relâchés, des pulls avec petites imperfections ci et là, des pulls qui gondolaient au fil du temps.
Des pulls tricotés par maman...
Des pulls, comme on ne les aime pas, quand on a quatorze ans.

 
Donc, armée de mon regard de chien battu, suppliant et docile, je me suis lancée dans une supplique afin d'obtenir le pull de mes rêves...
Elle m'a expliqué, sans même l'avoir vu,  à l'annonce du prix, qu'il était bien trop cher pour le budget de la famille.
J'ai dit des tas de choses alors,  que  je désirais en avoir un vrai, pas un faux fait avec des aiguilles, que je n'avais plus l'âge de me balader avec les trucs tricotés par ma mère, que c’était ringard, nul et moche...

La conversation en était restée là.


Un mois et demi plus tard, en rentrant du collège, était posé sur mon lit  le pull de la vitrine. Enfin,  presque lui, parce que le mien, ce n’était pas le vrai. C’était une imitation avec les mailles irrégulières, avec un col un peu trop serré. C'était un de ceux où l' on a du mal à passer la tête les premiers temps. Un de ceux qui vous grattent le cou au début et que l'on cache sous son blouson... Un de ceux sur lequel elle avait du passer tout son temps...

Je l'ai d'abord abandonné sur une étagère de  mon armoire.  Le même hiver, maman est tombée malade. J'ai eu envie et besoin de porter ce pull, son dernier pull...
 
Lui, je l'ai toujours.
Il a su m'accompagner chaudement toutes ces années;  et depuis je sais, qu'il est bien moins faux que ce que je ne le pensais... 



vendredi 6 juillet 2012

Les groseilliers...

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Le potager de grand-père, c'était un petit jardin, pas plus de cinquante mètres carrés, caché derrière une haute haie de troènes bien taillée. 

On poussait le portillon de bois au vernis écaillé, et on se trouvait dans son paradis ouvrier.
Sa parcelle de liberté  au milieu des rangées de choux, de carottes, de tomates, de persil et d’artichauts. 

Un printemps il m'a offert un grand mètre carré, rien qu'à moi ! 

C'est facile à mesurer un mètre carré, vous savez !

Il avait  fait un grand pas, un quart de tour... puis un grand pas, un quart de tour... puis un grand pas, un quart de tour...  et encore un grand pas... et il avait dit : « ce bout est à toi. Mets y ce que tu voudras, mais un baobab n'y rentrera pas ! » 

J'avais à cette époque, des envies de séquoias, d’eucalyptus, de sapin de Douglas, au sommet desquels je pourrais voir la mer, toucher les nuages, questionner Dieu et pourquoi pas, redescendre mon chien que l'on m'avait dit, à cette époque, être monté au ciel... 

Mais dans un mouchoir de poche, d’un mètre de côté, rien de tout cela ne tenait...

J’ai fini par laisser ma gourmandise opter pour un groseillier.

Je me félicitais rapidement de ce choix. En effet, dès le premier été, malgré sa toute petite taille et le peu de soin que je lui avais prodigué, mon groseillier s’avéra d’une très grande générosité !

Les vieux groseilliers au fond du jardin avaient souvent pâles figures face à la fière rougeur des fruits qu’arborait le mien.

Je me suis d’ailleurs bien souvent moquée de la maigre production de mon grand-père et de ses vieux arbustes qui devenaient chaque jour plus avares que la veille…

Ma plante ne comptait que cinq frêles branches, mais me donnait, quotidiennement de quoi remplir mes joues, mon estomac et le saladier bleu de mamie.

Tous les matins d’été, à 11h30, je dévalais par l’escalier, les trois étages de l’immeuble, traversais la rue qui me séparait du jardin et rejoignais un Tupperware en main, mon aïeul à l’abri des regards derrière les troènes.

C’était alors, que sonnait, pour nous, l’heure de la cueillette, chacun de nous, dans son coin, à ses fruits…

Je récoltais frénétiquement mes grappes de groseilles, ne m’arrêtant que pour narguer, l’ancêtre tant aimé, dans de grands éclats de rire railleurs.
Plus mon grand père rouspétait, plus il menaçait ses plants à lui, d’arrachage, de coupes sauvages, plus il les traitait de fainéants, plus fort je riais…

Il me suppliait même parfois, de lui donner mon secret des récoltes miraculeuses… Je trouvais toujours, dans ces moments là, quelques bons conseils à donner avec la plus grande des assurances...

Bien entendu, rien n’a jamais été magique, ailleurs que dans ma tête d’enfant.

De la magie, née du coeur d’un vieil homme aimant, qui chaque matin avant ma venue, débarrassait ses vieux groseilliers de leurs fruits et les déposer sur les fragiles branches que je tentais de faire pousser …














Vous pouvez retrouver ce texte en version audio ici 




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