vendredi 6 juillet 2012

Les groseilliers...

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Le potager de grand-père, c'était un petit jardin, pas plus de cinquante mètres carrés, caché derrière une haute haie de troènes bien taillée. 

On poussait le portillon de bois au vernis écaillé, et on se trouvait dans son paradis ouvrier.
Sa parcelle de liberté  au milieu des rangées de choux, de carottes, de tomates, de persil et d’artichauts. 

Un printemps il m'a offert un grand mètre carré, rien qu'à moi ! 

C'est facile à mesurer un mètre carré, vous savez !

Il avait  fait un grand pas, un quart de tour... puis un grand pas, un quart de tour... puis un grand pas, un quart de tour...  et encore un grand pas... et il avait dit : « ce bout est à toi. Mets y ce que tu voudras, mais un baobab n'y rentrera pas ! » 

J'avais à cette époque, des envies de séquoias, d’eucalyptus, de sapin de Douglas, au sommet desquels je pourrais voir la mer, toucher les nuages, questionner Dieu et pourquoi pas, redescendre mon chien que l'on m'avait dit, à cette époque, être monté au ciel... 

Mais dans un mouchoir de poche, d’un mètre de côté, rien de tout cela ne tenait...

J’ai fini par laisser ma gourmandise opter pour un groseillier.

Je me félicitais rapidement de ce choix. En effet, dès le premier été, malgré sa toute petite taille et le peu de soin que je lui avais prodigué, mon groseillier s’avéra d’une très grande générosité !

Les vieux groseilliers au fond du jardin avaient souvent pâles figures face à la fière rougeur des fruits qu’arborait le mien.

Je me suis d’ailleurs bien souvent moquée de la maigre production de mon grand-père et de ses vieux arbustes qui devenaient chaque jour plus avares que la veille…

Ma plante ne comptait que cinq frêles branches, mais me donnait, quotidiennement de quoi remplir mes joues, mon estomac et le saladier bleu de mamie.

Tous les matins d’été, à 11h30, je dévalais par l’escalier, les trois étages de l’immeuble, traversais la rue qui me séparait du jardin et rejoignais un Tupperware en main, mon aïeul à l’abri des regards derrière les troènes.

C’était alors, que sonnait, pour nous, l’heure de la cueillette, chacun de nous, dans son coin, à ses fruits…

Je récoltais frénétiquement mes grappes de groseilles, ne m’arrêtant que pour narguer, l’ancêtre tant aimé, dans de grands éclats de rire railleurs.
Plus mon grand père rouspétait, plus il menaçait ses plants à lui, d’arrachage, de coupes sauvages, plus il les traitait de fainéants, plus fort je riais…

Il me suppliait même parfois, de lui donner mon secret des récoltes miraculeuses… Je trouvais toujours, dans ces moments là, quelques bons conseils à donner avec la plus grande des assurances...

Bien entendu, rien n’a jamais été magique, ailleurs que dans ma tête d’enfant.

De la magie, née du coeur d’un vieil homme aimant, qui chaque matin avant ma venue, débarrassait ses vieux groseilliers de leurs fruits et les déposer sur les fragiles branches que je tentais de faire pousser …














Vous pouvez retrouver ce texte en version audio ici 




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